AYNEHA
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AYNEHA parmi les écritures d'Afrique de l'Ouest

Créer une écriture propre à sa langue : l'Afrique de l'Ouest l'a fait plusieurs fois depuis deux siècles. L'AYNEHA s'inscrit dans cette histoire.

Une histoire déjà longue

Beaucoup de langues africaines ont longtemps été transmises à l'oral. Pour les écrire, on a souvent emprunté un alphabet existant : l'alphabet arabe (l'ajami), puis l'alphabet latin. Mais à plusieurs reprises, des personnes ont choisi une autre voie : inventer une écriture entièrement nouvelle, pensée pour leur langue.

ÉcriturePaysAnnée
VaïLiberia, Sierra Leonevers 1833
BamounCamerounfin du XIXe s.
MendéSierra Leone1921
Masaba (bambara)Mali1930
N'ko (langues mandingues)Guinée, Mali1949
BétéCôte d'Ivoire1956
Nti (soninké)Mali1984-1985
Adlam (peul)Guinée1989
Dogon NÈNÈ (langues dogon)Mali (Pays dogon)2019
EpChos (langues africaines)Béninvers 2019
AYNEHA (songhay)Mali (Gao)2026

Le Mali à lui seul a vu naître plusieurs de ces écritures : le masaba pour le bambara, le N'ko pour les langues mandingues, le nti pour le soninké, le Dogon NÈNÈ et l'AYNEHA. Le masaba est aujourd'hui menacé : seules quelques dizaines de personnes savent encore le lire et l'écrire. Le nti, lui, est toujours enseigné, en classe et par WhatsApp.

Comme l'AYNEHA, le mendé, le N'ko, l'adlam et le Dogon NÈNÈ se lisent de droite à gauche.

Les grandes familles d'écritures

Toutes les écritures ne fonctionnent pas de la même façon. Ce qui change, c'est ce que représente un signe : un mot, une syllabe ou un son.

  • Écriture logographique : un signe représente un mot ou une idée. Il en faut des milliers. Exemple : les caractères chinois.
  • Syllabaire : un signe représente une syllabe entière. « ba », « bi » et « bo » ont chacun leur propre signe, sans lien entre eux. Il en faut souvent plus d'une centaine. Exemple : les kanas japonais.
  • Abjad : seules les consonnes ont des lettres. Les voyelles sont devinées par le lecteur ou ajoutées par de petits signes. Exemple : l'alphabet arabe, celui de l'ajami.
  • Abugida (ou alphasyllabaire) : chaque consonne porte une voyelle de base, que l'on change en lui ajoutant un signe. Exemple : l'écriture éthiopienne.
  • Alphabet : consonnes et voyelles ont chacune leurs propres lettres, à égalité. Quelques dizaines de lettres suffisent. Exemples : l'alphabet latin, l'alphabet grec.

Où se place chaque écriture

ÉcritureTypeParticularité
VaïSyllabairePlus de 200 signes
BamounLogographique, devenu syllabaireSimplifié au fil des versions jusqu'à environ 80 signes
MendéSyllabairePrès de 200 signes
MasabaSyllabaire123 signes
N'koAlphabetLes tons sont notés par des accents
BétéSyllabairePlusieurs centaines de signes
NtiAlphabet*27 lettres
AdlamAlphabetMajuscules et minuscules
Dogon NÈNÈAlphabet29 lettres liées, majuscules et minuscules, tons notés par des accents
EpChosAlphabet*36 lettres
AYNEHAAlphabet27 lettres : 5 voyelles et 22 consonnes, sans majuscules

* Le nti et l'EpChos sont présentés comme des alphabets par les sources disponibles, mais leur fonctionnement détaillé reste peu documenté.

L'AYNEHA, un alphabet

L'AYNEHA est un alphabet : chaque voyelle et chaque consonne a sa propre lettre. C'est le même principe que le N'ko, l'adlam et le Dogon NÈNÈ. Avec 27 lettres de base, il s'apprend vite : un syllabaire comme le masaba demande d'en retenir plus d'une centaine.

Deux choix le distinguent de ses voisins : l'AYNEHA n'a pas de majuscules, une seule forme par lettre, et il ne note pas les tons à ce stade, alors que le N'ko et le Dogon NÈNÈ les marquent par des accents.

Une écriture voisine : le Dogon NÈNÈ

Le Dogon NÈNÈ est une écriture créée par Yahya Sékou Salah GUINDO pour la langue dogon et ses différents parlers : en dogon, « nènè » veut dire « la langue ». Créée en 2019, elle compte 29 lettres et s'écrit, comme l'AYNEHA, de droite à gauche. Ses lettres se lient les unes aux autres dans un même mot, et des accents notent les tons de la langue.

Le Dogon NÈNÈ a ses propres chiffres : vous pouvez les voir et convertir vos nombres avec le convertisseur de nombres du site, aux côtés des chiffres AYNEHA, N'ko et adlam.

Découvrir le Dogon NÈNÈ

Plus qu'un outil

Une écriture créée pour une langue n'a pas qu'une fonction pratique. Elle porte aussi une forte valeur symbolique : elle dit que cette langue mérite ses propres signes. Le N'ko a ainsi accompagné un vaste mouvement d'alphabétisation et renforcé l'identité culturelle des locuteurs des langues mandingues, en Guinée, au Mali et au-delà.

L'AYNEHA assume ce double rôle : écrire le songhay avec précision, et affirmer l'autonomie graphique de la langue.

Ce que ces écritures nous apprennent

  • Une écriture peut réussir quand une communauté l'apprend, l'enseigne et la transmet. Le N'ko et l'adlam sont aujourd'hui enseignés, utilisés sur téléphone et encodés dans le standard Unicode : le N'ko depuis 2006, l'adlam depuis 2016.
  • Une écriture peut aussi s'effacer. Le mendé a été très utilisé dans les années 1920 et 1930 pour les lettres et les registres, puis il a reculé face à l'alphabet latin des campagnes d'alphabétisation.
  • Les outils comptent. Ce qui ne s'apprend pas facilement ne se transmet pas. C'est pourquoi l'AYNEHA est arrivé dès le départ avec sa police, son clavier, ses outils en ligne et une application pour apprendre seul.

Ce qui distingue l'AYNEHA

Les récits de création de plusieurs de ces écritures évoquent un rêve ou une révélation, et certaines étaient réservées à des initiés. L'AYNEHA suit un autre chemin :

  • Une conception raisonnée : un caractère pour chaque son retenu, et des règles d'écriture publiques et documentées.
  • Ouvert à tous : chacun peut l'apprendre, gratuitement, sans condition.
  • Libre : la police est sous licence SIL Open Font License 1.1 et le code des applications est un logiciel libre.
  • Né à l'ère du téléphone : police, clavier, applications et site ont été créés en même temps que l'écriture elle-même.

Pour aller plus loin

L'encyclopédie en ligne Omniglot présente la plupart de ces écritures, ainsi que l'AYNEHA. Pour découvrir l'AYNEHA lui-même, commencez par l'alphabet ou les questions fréquentes.